Chère future moi-même,
Il y a tant de choses que j'aimerai savoir de toi...
Il est vrai que les années ont passé. Cinq, très exactement, depuis l'écriture de cette lettre.
Peut-être ne la liras-tu jamais, qui sait. Mais dans l'hypothèse que tu déchiffres un jour ces lignes, apprenons à nous redécouvrir.
Cinq ans auparavant, tu étais encore cette jeune adolescente à la plume incertaine et changeante, pourtant si étrangère au monde.
Tu pouvais écouter des heures le même morceau de musique, te noyer dans de simple accords de guitare, boire sans cesse les mêmes rythmes sans te lasser.
Tu fredonnais des airs d'Edith Piaf sous la douche lorsque tu étais heureuse, toujours les mêmes, et tu riais d'entendre ta voix aux accents rauques se répercuter contre les murs.
Le matin, il te suffisait d'un rayon de soleil pour que ta journée s'illumine. Ces quelques miettes d'or venaient se perdre au milieu des longs rideaux violets de ta chambre, et tu irradiais de bonheur.
Ton rêve était de changer le monde. Tu y croyais dur comme fer, persuadée que cela était possible.
Tu voulais aider les autres. Tu voulais écrire, aussi.
Tes désirs, si aléatoires, pouvaient se contredire du jour au lendemain sans raison particulière.
Il te suffisait d'un rien pour que ton imagination t'emporte au plus profond de toi-même, parfois si loin que tu souhaitais ne plus jamais revenir dans le monde tangible.
Oui, peut-être la réalité t'effrayait-elle.
Mais finalement, qu'est devenue cette jeune adolescente ?
Es-tu restée fidèle à toi-même ? As-tu réalisé ton rêve d'enfant, celui d'écrire, de faire rêver des centaines de lecteurs, de leur faire partager cette part de poésie qui était en toi ?
Les années ont-elles endurci tes traits, modifié ton visage, altéré ton corps ?
Es-tu devenue une adulte, ce mot qui t'effrayait tant auparavant ?
Bien sûr, je n'aurais jamais de réponses à ces questions. Les effets du temps sont irréversibles. Mais peut-être te souviendras-tu, en relisant tout ceci, de la jeune fille que tu étais.
Et peut-être te feras-tu sourire. Je le souhaite vraiment, parce qu'à cette époque en tout cas, je crois bien que tu avais trouvé la recette du bonheur.